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Au secours le médecin !

Je préfère dire tout d’abord que ce post, comme d’habitude, est totalement subjectif et qu’il n’a aucunement pour but de représenter une quelconque vérité. J’ajouterais que je l’écris dans l’espoir de m’entendre dire: “Mamma mia! Mais tu as eu vraiment la poisse!”, parce que cela voudrait dire que me sont arrivées toutes les exceptions possibles ! Et je finis en répétant que l’objectif de ce post est de vous faire rigoler sur mes tragédies, rien de plus. 🙂

Un des problèmes principaux à affronter quand on est émigrés c’est le fait de se retrouver complètement seuls et devoir tout recommencer du début : choix du médecin traitant inclus ! Mais comment faire quand, arrivés en terre étrangère, on ne connaît personne ? Mon premier instinct a été, bien sûr, celui de chercher sur les pages jaunes pour en trouver un dans mon quartier : à l’époque n’existaient ni Doctolib, ni Italiani pocket avec tous ses liens et infos utiles (ehehehehe).

Ce post parle donc des spécimens rencontrés, de médecins un peu bizarres et d’autres carrément fous !

Le fou du brevet

La première rencontre fut avec le Docteur X, à première vue une personne des plus normales et professionnelles. J’entre dans la salle d’attente, puis dans le cabinet. Le type me fait l’ordonnance dont j’ai besoin et puis, au moment où j’allais lui demander de devenir mon médecin traitant,  il me montre sa face cachée !

Ce fou commence à bavarder sur l’une de ses présumées inventions en attente de brevet et tout exalté par ses explications, tourne vers moi l’écran de son ordinateur et me montre un document PowerPoint détaillé de son invention :

Mademoiselle se souvient-elle de ce qui arrive à la moquette aux bords des portes ? Qu’est-ce qui arrive ? Réfléchissez. A un certain moment, la moquette se décolle ! Mais moi qui suis un génie, j’ai inventé un petit morceau de plastique qui la maintient au sol aux bords des portes et l’empêche de se soulever !

Gros sourire, attente spasmodique d’un  soutien de ma part.

Et moi :

Waouh ! Incroyable ! Quel génie !
 tandis que je ne songe qu’à m’échapper !

Le type, excité par tant d’enthousiasme, se lève et me dit :

Venez, venez voir !

et il m’ouvre une porte à côté du cabinet médical, un débarras à demi vide, me le montre victorieux et me dit

Vous voyez cette pièce ? Ce sera ma boutique ! J’attends seulement que quelqu’un m’achète le brevet de cette idée géniale et puis, adieu tout le monde !!!  Je viendrai  ici une fois par mois et le reste du temps je le passerai en vacances avec tout l’argent que je me serai fait. C’est pas du génie ça ?

Je le regarde, sourire figé,  lui souhaite bonne chance pour tout et prend mes jambes à mon cou ! Heureusement que je n’y étais allée que pour une ordonnance !

Le fou au cigare

Quelques mois plus tard, j’ai de la fièvre et ai besoin d’un arrêt de travail. Je décide de recourir de nouveau aux pages jaunes en évitant le Docteur X. Et je tombe sur le Docteur Y ! 

Toute en sueur à cause de la fièvre, prise d’accès de toux et l’air d’un zombie, j’arrive chez ce fameux docteur : cabinet propre (c’est déjà ça), bâtiment chic, je m’installe sur le divan d’examen, j’enlève mon haut et le médecin s’approche pour m’ausculter, un cigare allumé à la bouche !!!!!

Il me dit:

Respirez

et moi, dans ma tête, « Mais que diable dois-je respirer ! Ton cigare puant ?!! ».

Je me coltine 10 minutes de torture, je prends mon certificat et m’enfuis en me disant que ce n’est pas possible, qu’ils ne peuvent pas tous être comme ça !

Le fou à la jambe de bois

Heureusement des années s’écoulent sans que j’ai besoin de consulter les pages jaunes, jusqu’au jour où j’ai rencontré le Docteur Z.

Le Docteur Z a son cabinet dans une rue un peu en mauvais état mais je me dis que, peut-être, ce ne sont que des apparences, car je reste toujours une optimiste quand même (pauvre moi !).

J’ouvre la porte, je traverse la cour en suivant la signalétique, je monte les escaliers en bois et en colimaçon qui craquent et sont en mauvais état, et au sommet au dernier étage je vois un petit bonhomme d’environ 80 ans aux cheveux blancs, longs et gras qui me dit :

Ah mademoiselle, bienvenue ! Je suis le médecin, venez, venez donc !

Un frisson de terreur me traverse le dos.

Le petit bonhomme, qui plus est a une jambe de bois et boite, traverse le palier et m’accueille, ouvre une petite porte et me fait entrer dans ce qui devrait être l’accueil. Et là, mon sang se glace.

J’entre dans un mètre carré de moquette nauséabonde, avec une borne d’accueil pleine à craquer de magazines très vieux et poussiéreux. Le petit bonhomme, qui a entre autres choses cette puanteur typique de celui qui ne se lave pas depuis longtemps, ouvre une autre petite porte et me fait entrer dans son cabinet. Et là, j’ai envie de mourir.

Le cabinet est une pièce avec la même moquette nauséabonde, la poussière y règne en maître, le divan d’examen est recouvert de journaux et de magazines jaunis, le mur est plein de post-it et le bureau de ce fou est encombré de choses. Je n’ai même pas de place pour poser mon carnet de chèque.

Heureusement que la visite ne prévoit pas que ce machin me touche. Ce dernier me regarde, me fait une ordonnance, examine mon chéquier et me dit que si j’ai des espèces ce serait mieux : emh oui mais non !

Durant tout ce temps, soit les 10 minutes qu’a duré la visite, le petit bonhomme n’a pas cessé de bavarder une seconde :

Où habitez-vous ? Dans quelle rue ? Ah, près de ce restaurant ! Il est bien ? Parce j’aimerais y emmener des amis. Vous êtes italienne ? Je connais tout le Nord de l’Italie »
et défile toute la liste des villes visitées

Il me salue d’un :

Bien, si dans une semaine, cela ne va pas mieux, revenez me voir, je vous donnerai un autre traitement.

Je souris d’un sourire de circonstance mais mes yeux lui disent “Tu peux toujours courir !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!”

Le petit vieux tremblant

Le docteur W, après des décennies sans malheurs particuliers, entre dans le palmarès de mes rencontres médicales du troisième type. Merci covid !

Je dois rapidement trouver une disponibilité pour me faire vacciner et obtenir le précieux QR code sans lequel je ne pourrai pas aller voir mes parents en Italie. Désormais fan de Doctolib (j’écarte par principe les médecins qui ne l’utilisent pas car je déteste passer des appels !), je trouve par miracle une place dans une pharmacie pas loin de chez moi et je confirme le rendez-vous. Je me dis que toutes les pharmacies se ressemblent et qu’en tout cas ce ne pourra pas être pire que le centre de vaccination de la première fois : un gymnase avec des files de personnes à l’entrée et à la sortie sous les panneaux livraison, on aurait dit le film The Wall !

Le jour du rendez-vous arrive (je précise que j’ai la phobie des aiguilles, donc un simple vaccin pour moi est un moment assez stressant), je cherche la célèbre pharmacie, je rentre et deux choses me frappent :

  • Presque tous les néons au plafond sont en train de mourir et clignotent de manière irrégulière, tant que je n’arrive même pas à garder les yeux ouverts et je pense au malheureux épileptique qui devrait un jour se trouver à rentrer là-dedans ;
  • Caché derrière un comptoir il y a un petit vieux sur les 90 ans, tout mince et tremblant, avec une aura d’autorité qui rayonne autour de lui. Il reste caché là derrière, il ne dit rien, mais avec son seul regard ordonne des choses à un jeune subordonné qui sautille dans la pharmacie en exécutant les ordres de son supérieur.

Je m’approche à un des comptoirs gérés par deux autres vassales et je commence à répéter comme un mantra :

Pourvu que ce ne soit pas le vieux tremblant qui me vaccine, pourvu que ce ne soit pas le vieux tremblant qui me vaccine, pourvu que ce ne soit pas le vieux tremblant qui me vaccine

La vassale registre mon rendez-vous, elle me donne ma feuille, elle me dit de m’assoir pour attendre et moi, en même temps, je surveille le petit vieux :

Pourvu qu’il ne sorte pas de son comptoir, pourvu qu’il ne sorte pas de son comptoir

Après quelques minutes, le Feudataire sort de son château, me regarde et me fait signe de m’installer dans l’arrière-boutique, en brisant toutes mes espoirs et en détruisant mes mantras.

Je le suis désespérée et je fais l’erreur de le regarder pendant qu’avec la main tremblante il note mon anamnèse, en gribouillant des caractères de travers sur une feuille de papier et je pense :

Mais il n’arrivera jamais à bien viser mon bras ! Au secours !

Je m’installe sur la petite chaise en bois, je découvre le bras, je m’immobilise avec toutes mes forces, j’arrête de respirer, je perçois la main et l’aiguille qui approchent en cherchant le bon chemin et pif. Victoire ! Il a centré la cible !

Je m’installe dans la pharmacie pour les 15 minutes d’attente réglementaires sous les néons épileptiques, très heureuse d’avoir survécu et consciente du fait que je ne remettrai plus jamais les pieds là-bas !

Heureusement qu’avec beaucoup de patience, et après en avoir testés beaucoup pendant des années, j’ai enfin trouvé le médecin qui me correspond et je le garde précieusement, jusqu’au moment où je ne découvrirai qu’il est peut-être un serial killer ! :-p

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